Couverture revue n°238

Numéro 238

Mai 2014

Prix Version Papier* : 19.00 €
Prix Version Digital* : 16.00 €
Prix Bimédia* : 29.00 €

Éditorial

Le transport ferroviaire, comme tout ce qui concourt à la mobilité, est une activité de service et relève donc du secteur tertiaire. Mais ce service se fonde sur des réalisations techniques lourdes qui s’apparentent bien davantage aux secteurs primaire et secondaire : matériaux extraits des carrières, employés dans le génie civil, usinés par la sidérurgie, transformés en infrastructures, en équipements, en matériels roulants. Certains de ces matériaux ont eu leurs heures de gloire, comme la fonte, le bois ou l’amiante, puis ont été détrônés par d’autres de meilleure qualité comme le fer ou l’acier, tandis que d’autres encore se sont développés grâce à des caractéristiques spécifiques comme la légèreté ou la facilité d’entretien. On pourrait ajouter les changements dus aux évolutions de coût ou de goût, comme le plastique et le tissu. Cette question des matériaux est étroitement liée à celle du progrès du chemin de fer, en sécurité, en prix de revient, en fiabilité, en confort.

Ce numéro aborde quelques aspects de cette vaste et permanente recherche des meilleurs matériaux adaptés au service que rendent les trains. En couverture, vous avez reconnu une de ces belles rames automotrices de la banlieue parisienne en acier inoxydable. Non seulement l’inox évoquait la modernité, mais il convenait parfaitement, par sa légèreté, à un matériel appelé à de fréquents cycles d’arrêt et de démarrage. S’il est plus coûteux que l’acier ordinaire à l’achat, il génère des économies en peinture et en corrosion, et doit donc s’apprécier en coût complet sur la durée de vie du matériel. Puis les modes changent. Ce qui fut un beau matériel est maintenant durement désigné petit gris. Les avions, qui partagent les mêmes soucis de légèreté et de corrosion, ont connu le même désamour : le gris inox a disparu sous la peinture. Le choix de la photo de couverture est là pour rendre justice à la modernité déchue bien qu’elle n’ait pas démérité.

La voie sur dalle ou sur ballast déclenche aussi des débats encore passionnels sur la qualité des matériaux. N’y voir que misérables cailloux ou laide bande de béton, au ras du sol, empêche de comprendre les enjeux du chemin de fer. Bien avant les premières voies ferrées, la qualité de la plate-forme est la clé de la mobilité. Sans route carrossable et sans voie correctement dressée, les transports terrestres restent quasiment impossibles. Et cet enjeu de qualité technique se double d’un enjeu économique fondamental : le bateau en pleine mer et l’avion dans le ciel utilisent une infrastructure gratuite, infinie, exempte de tout entretien. Seules les conditions météorologiques, en détériorant cette infrastructure naturelle, peuvent pénaliser ces concurrents de la route et du fer, lesquels sont appelés de plus en plus à se rapprocher au service d’une mobilité de porte-à-porte. Le coût de l’infrastructure pèse le plus dans les choix d’investissement : l’avenir de lignes existantes ou la construction de nouvelles en dépendent.

Les matériaux sont en permanence sous nos yeux. Mais réalise-t-on à quel point ils sont le fondement même de la viabilité des transports ?

Tous ces équipements, infrastructures et véhicules, sont entre les mains des cheminots pour qu’ils fonctionnent. La RGCF présente ici un dossier sur le management des personnels, plus particulièrement sous l’angle du rapprochement entre métiers. Certains penseront que gérer des hommes n’est pas nouveau et qu’on a déjà tout dit sur le management, dénomination plus actuelle que gestion du personnel ou commandement. Mais le progrès du chemin de fer ne se limite pas à la technique ou au choix des matériaux : les comportements humains évoluent, les aspirations individuelles changent et la façon de motiver les équipes aussi. C’est cet aperçu que vous trouverez aussi dans ce numéro.
 

Bonne lecture !
 

Pascal Lupo

Rédacteur en chef