Couverture revue n°259

Numéro 259

Avril 2016

Prix Version Papier* : 19.00 €
Prix Version Digital* : 16.00 €
Prix Bimédia* : 29.00 €

Éditorial

Le débat sur les transports en France ressemble davantage à des prises de positions excessives qu’à une vision prospective d’ensemble. Une fracture s’est creusée entre d’un côté les véhicules, aux vertus environnementales qui ne cessent de progresser et à un prix d’utilisation dérisoire, de l’autre côté les infrastructures, ruineuses à construire et à entretenir, dévoreuses d’espaces qu’elles détruisent. Evidemment, le véhicule est plutôt sympathique, car c’est lui qui nous emmène à destination, alors que l’infrastructure est un mal qu’on ne considère même plus comme nécessaire. S’opposent, ou s’ignorent, une vision à court terme, quelques euros, le moins possible, pour aller quelque part sans se soucier des conditions permettant à un véhicule de fonctionner, et une vision à long terme, des milliards d'euros pour un résultat intangible immédiatement, l’infrastructure qui ne vous transporte pas elle-même. Dans une telle dichotomie, structurer un système de transport d’avenir s’avère impossible. Sans infrastructures, les moyens de transport demeurent inefficaces ; sans véhicules, les infrastructures perdent leur raison d’être.

Ainsi, le système ferroviaire se trouve dans une position particulièrement délicate actuellement : le train est cher, pour le particulier qui voyage, les lignes de chemin de fer sont coûteuses, pour les finances publiques et les investisseurs. Pourtant, c’est l’instrument par excellence d’une véritable politique des transports, permettant aux pouvoirs publics d’organiser une desserte du territoire cohérente sur les plans géographique, social, économique et environnemental. Se déplacer a un coût, qui ne se limite pas au simple prix affiché d’un aller, qu’il soit en train, en autocar ou en voiture partagée. Mais c’est ce prix qui est directement visible : il suffit pour prendre place dans le mobile qui vous transportera. Le coût d’usage de l’infrastructure est noyé dans les impôts et taxes à la charge de la collectivité et non pas du voyageur en personne qui ne fait donc pas le rapprochement.

Ce numéro de la RGCF soulève justement cette question de l’infrastructure, préalable indispensable au déplacement. Ce sont des aspects techniques et industriels qui sont décrits ici, et non pas les enjeux financiers. Mais le lecteur comprendra bien que tous ces travaux ont un coût : rénovation de lignes, adaptation des plans de voie, modernisation de gare, maintien en condition opérationnelle des itinéraires face aux aléas climatiques, construction de nouvelles infrastructures. Tous ces points sont abordés ici par différents cas de figure. Ils intéressent davantage l’exploitant professionnel que le client individuel désireux de voyager. Ce numéro n’ignore pas pour autant le matériel roulant qui emprunte ces infrastructures. Ainsi, le titre du livre lu ce mois-ci précise bien « dans le système ferroviaire ». L’odotachymétrie, néologisme technique, associe le mobile, avec sa vitesse (tachy), et le sol (odo, la distance à parcourir). Cette liaison étroite entre le train et la voie ferrée a toujours été le fondement même du chemin de fer : quoi de plus probant que le décryptage du mois dernier sur l’adhérence rail-roue pour signifier qu’un système de transport ne saurait se concevoir sans imaginer et gérer simultanément le véhicule et l’infrastructure ?

Le numéro de la RGCF que vous avez entre les mains, cher lecteur, a l’ambition, au-delà de l’information rationnelle, de réconcilier les deux fondements d’un système complet de transport, le mobile et son support. C’est la condition sine qua non d’une véritable politique de la mobilité durable.
 

Bonne lecture !

 

Pascal Lupo

Rédacteur en chef